Interview d’Aurélie, diplômée en 2011

 

« Aurélie, éducatrice spécialisée, assistante auprès d’un enseignant mal-voyant »
Aurélie a intégré la promotion pionnière du DUT en 2009. Quelques années plus tard, elle nous relate l’itinéraire qui l’a menée jusqu’au Diplôme d’Etat d’Educatrice Spécialisée et son emploi actuel. D’ouest en est en passant par Nanterre, impossible de douter de sa motivation!

Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Aurélie, j’ai 25 ans et je suis née à Cholet. Depuis la fin de mes études, je vis en concubinage à Nantes, une ville que j’aime beaucoup pour son dynamisme et son atmosphère où il fait bon vivre. J’aime beaucoup la lecture et les activités relatives au bien-être (yoga, méditation…), la cuisine, la musique et les sorties nautiques à Nantes.

 

Pourquoi avoir choisi l’IUT ?
J’ai choisi l’IUT parce que je souhaitais faire des études universitaires, mais je ressentais le besoin de garder un certain cadre scolaire. J’ai apprécié à l’IUT le fait de faire partie d’une petite promotion, où les enseignants étaient accessibles, à la différence du système universitaire classique où les promotions sont d’une centaine d’élèves, avec une certaine liberté qui peut parfois ne pas inciter à travailler. D’autre part, je ne me sentais pas encore prête pour passer les concours d’éducateur spécialisé. Le DUT me semblait alors être un bon moyen de m’y préparer tout en ayant un apport théorique différent de ce qui est proposé dans les IRTS.

 

Tu avais postulé dans d’autres formations ?
J’avais postulé à l’ensemble des IUT préparant le DUT CS-ES. Je m’étais également inscrite en BTS ESF en plan B, sans grandes convictions… Je voulais vraiment intégrer le DUT

 

Qu’as-tu fait après l’obtention de ton DUT ?
Après mon DUT, j’ai passé un entretien pour l’IRTS de Paris. C’était une première pour moi. Je n’ai pas été reçue alors j’ai fait le choix d’intégrer une Licence Professionnelle Intervention Sociale (option Accompagnement et Insertion) à Poitiers, comme complément du DUT. En parallèle, j’ai postulé à l’IUT de Grenoble II, qui préparait au DEES, suite aux deux années de DUT. J’ai appris début juin que j’étais reçue. J’ai donc arrêté ma licence (qui se clôturait en juillet) car je devais à tout prix trouver un stage de six mois à commencer dès le 1er août 2012 (et donc un possible appartement…), pour pouvoir intégrer ma nouvelle formation. Je me suis donc penchée activement dessus, et en quelques semaines, j’ai fait mes valises pour Strasbourg, lieu de mon stage (dans un CHRS spécialisé pour femmes et enfants victimes de violences), et je faisais les allers-retours une fois par mois pour assister aux trois jours de cours à l’IUT de Grenoble. Après l’obtention de mon DEES en juin 2013, je n’ai pas trouvé de boulot d’éduc tout de suite. J’ai donc travaillé chez Charal pendant deux mois et j’ai obtenu mon premier poste au mois de septembre 2013.

 

Comment s’est passée l’année préparant au DEES ?
Plutôt stressante à vrai dire. Je faisais mon stage à Strasbourg (750km de chez moi) mais les cours étaient à Grenoble (4h de train). J’ai donc eu le sentiment de ne pas véritablement faire partie de ma promotion au départ. Lorsque mon stage s’est terminé en février 2013, j’ai rejoins Grenoble de manière régulière et c’était plus facile, tant pour l’intégration que pour les suivis des travaux (mémoire, JEC, DPP). Heureusement, j’avais une promo super et des professeurs très compréhensifs. Tout s’est bien terminé pour moi, je me dis que pour ce diplôme je me suis vraiment donnée !

 

Dans quelle structure travailles-tu aujourd’hui ?
Obtenir un poste d’ES directement après le diplôme est assez compliqué. J’ai envoyé environ 70 candidatures spontanées, toutes missions éducatives confondues et j’ai reçu une réponse favorable du Lycée les Bourdonnières à Nantes.

 

Quelle est ta fonction ?
J’ai été contactée pour accompagner un enseignant malvoyant dans ses fonctions. Même si je n’ai pas le statut d’éduc spé, c’est tout de même un job très intéressant d’un point de vue relationnel et tout simplement pour une première expérience. En fait, je suis ses yeux. Je vois pour lui, je dois donc lui lire les documents ou tout ce qui lui est nécessaire, l’aider à préparer ses cours, ses devoirs, les surveiller, répondre à ses mails etc. Mais je l’accompagne aussi pour des choses extra-scolaires (courses, médecin, papiers administratifs…). Je compte me servir de cette expérience comme tremplin pour postuler dans un Centre pour personnes aveugles et malvoyantes sur Nantes. On verra…

 

Comment as-tu trouvé cet emploi ?
A l’époque où je cherchais du travail après avoir obtenu mon DEES, je m’étais inscrite sur le site de l’éducation nationale en parallèle, pour un poste éventuel d’AVS. Je souhaitais travailler avec des élèves handicapés, mais finalement j’ai été appelée à travailler avec un professeur. Il s’agissait de poster en ligne un CV, d’exposer vos motivations et de mentionner les villes où vous étiez prêt à aller travailler. Les établissements font ensuite leur choix en consultant cette plateforme.

 

Quelles sont les qualités et compétences requises pour ce métier ?
Je pense qu’il faut de bonnes capacités relationnelles car le travail en duo peut être compliqué si le courant ne passe pas. Il faut également de la patience car il est parfois difficile pour une personne malvoyante de faire comprendre ce qu’elle souhaite que vous fassiez pour elle pour des choses très concrètes (ex : la mise en page d’un cours). Il faut aussi être attentif : comme vous êtes ses yeux, vous devez parfois évaluer et devancer les obstacles en sortie par exemple. Je pense qu’il faut également avoir une certaine empathie, pour réaliser les choses au plus proche de ce qu’il aurait voulu qu’elles soient, s’il avait pu voir. Et puis un peu d’humour ne fait pas de mal des fois, car c’est un handicap souvent difficile à vivre pour l’autre et l’humour permet vraiment de dédramatiser certaines situations.

 

Quel regard plus général portes-tu sur ton métier ?
L’idée que je me faisais du métier au départ était davantage celle de l’éducateur comme « sauveur du monde », des gens en difficulté, capable de tout régler parce qu’il prend sous son aile les plus démunis. Or, je me suis aperçue avec le temps et l’expérience, qu’il est beaucoup moins facile qu’on le prétend de changer le mode de vie ou les habitudes d’une personne, quand bien même votre idée lui serait d’un grand secours. Plutôt que de vouloir « imposer » une solution, j’ai appris qu’il était nécessaire de plutôt composer avec ce que l’autre vous propose de lui en retour, sans quoi, l’accompagnement s’avère impossible, ça « coince ». C’est un métier qui me plaît beaucoup, tellement riche par les rencontres que vous faites au quotidien. Néanmoins, certaines situations vous touchent parfois profondément, pour une raison X ou Y. Ca a un côté intéressant parce que cela vous pousse aussi à démêler certains « nœuds » chez vous, ça vous pousse à essayer de comprendre pourquoi ça bloque avec cette situation plutôt qu’une autre et finalement vous allez aussi à votre propre rencontre. Le côté négatif que j’évoquerais à propos ce métier, c’est que le milieu des éducateurs spécialisés semble parfois vous « imposer » une façon de penser, de « bien penser », c’est même parfois un peu sclérosé contrairement à ce qu’on peut penser. Vous pouvez avoir certaines opinions sur des sujets divers (politiques ou autres) qui semblent à priori en contradiction avec la vision que les gens (et vous-même) ont de la profession. Combien de fois il m’est arrivé d’entendre : « c’est drôle que tu penses ça alors que tu es éducatrice spécialisée… » (comme si l’éduc spé devait toujours penser et se comporter comme le Dalaï Lama !!). Tout ça pour dire que cela ne m’empêche pas d’adorer ce que je fais, je ne pars jamais au boulot en me disant que je n’ai pas envie d’y aller, mais je songe tout de même à faire d’autres formations complémentaires plus tard, comme la sophrologie.

 

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite exercer ce métier ?
Je conseillerais évidemment de faire en sorte d’intégrer la troisième année, sans quoi je pense que le DUT seul ne permet pas de pratiquer le métier à sa juste valeur. Je conseille la formation complète parce que les écrits demandés sont passionnants à rédiger et intellectuellement très utiles. Personnellement je n’ai pas apprécié la licence, j’ai en fait le sentiment que pour exercer le métier d’éducateur, il faut impérativement le DEES. Je conseille également de varier les publics auprès desquels l’élève souhaite effectuer ses stages. Ca permet de déterminer auprès de qui l’on se sent le mieux pour travailler et c’est aussi très utile lorsque l’on candidate spontanément auprès des structures pour un premier emploi.

 

Comment envisages-tu ton avenir professionnel ? Quels sont tes projets ?
Je ne sais pas à l’heure actuelle si je souhaite rester éducatrice spécialisée toute ma vie, c’est un peu tôt pour le dire. Je pense tout de même que j’aimerais à l’avenir étoffer ma formation avec d’autres diplômes, comme celui de sophrologue notamment. Je trouve que c’est un complément hyper intéressant à l’heure ou notre société en demande toujours plus aux gens, d’être plus efficaces, plus rapides. Pour les gens que l’on accompagne, le cumul des difficultés rend les choses encore plus compliquées et la sophrologie est un moyen intéressant, je trouve, pour aider à pallier certaines épreuves de la vie (autant pour l’éducateur dans son métier d’ailleurs).
Une autre formation me trotte dans la tête depuis que je travaille en lycée : celle de CPE. Je trouve ça super riche en termes d’accompagnement car contrairement à ce que l’on peut croire, le CPE fait un peu office d’accompagnant, tant des élèves que des familles. Mais c’est encore à réfléchir.

 

Au final, quel regard portes-tu sur la formation reçue à l’IUT ?
Si cette formation était à refaire je la referai sans problème. Elle m’a bien préparée à la poursuite vers le DEES et ces deux années font partie de mes meilleurs souvenirs d’étudiante.

 

Quels sont les modules qui t’ont le plus apporté ?
Tous les modules ont apporté quelque chose, mais je dirais que celui qui m’a été le plus utile pour ma dernière année, en DEES, est celui du projet tutoré. En effet, le mémoire de fin d’année porte sur un projet à mettre en place avec un grand sens critique et d’analyse. Le mini projet réalisé en DUT m’a permis d’avoir les premières fondations.

 

Quel est ton meilleur souvenir à l’IUT ?
Le meilleur souvenir est celui de ma classe et son ambiance, à la fois festive et solidaire.